« 19 juillet 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 65-66], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7859, page consultée le 25 janvier 2026.
Lundi 19 juillet [1841], 11 h. ½ du matin
Bonjour mon Toto chéri, bonjour mon cher amour. Tu n’es pas venu mais je compte sur
toi DEMAIN, tu sais pourquoi ? Cela me ferait bien du
chagrin si cette matinée se passait sans toi, aussi mon cher petit bien-aimé j’y
compte de toute mon âme, entends-tu bien1 ?
Toujours, toujours de la pluie. C’est bien ennuyeuxa, même pour moi qui ne sors pas. On a
de la peine à vivre de ce temps-ci, pour un rien je me recoucherais tant je trouve
le
temps ennuyeuxb et fatigantc. Il faut plus que du courage pour
vivre toujours seule comme je le fais, il faut de l’amour. J’aimerais mieux être
obligée de gagner ma vie que de rester dans une inaction qui me laisse compter toutes
les heures, toutes les minutes et toutes les secondes de ton absence. J’ai beau n’être
pas une minute sans rien faire, ça n’est pas suffisant pour m’intéresser au point
de
sentir moins péniblement ton absence. Aujourd’hui par exemple c’est intolérable et
pour un rien j’enverrais tout au diable et je me sauverais en prenant mes jambes à
mon
coud jusqu’à ce que la Terre ne
puisse plus me porter. Je t’aime trop mon amour et voilà la cause de tous mes maux
et
de toutes mes joies. Je t’aime.
Juliette
1 Le 21 juillet est jour de la Saint-Victor, et traditionnellement, les fêtes sont souhaitées la veille.
a « ennuieux ».
b « ennuieux ».
c « fatiguant ».
d « coup ».
« 19 juillet 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 67-68], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7859, page consultée le 25 janvier 2026.
19 juillet [1841], lundi soir, 5 h. ½
Toujours pas plus de Toto que de beurre sur la main, c’est bien ennuyeuxa pour ne pas dire un mot plus
énergique. J’espérais que vous viendriezb au moins une pauvre petite minute dans la journée pour
m’apporter à copier. Eh bien oui, il n’y a pas de danger que vous me donniez ce
bonheur-là. Rien, c’est assez bon pour moi. Ia, ia monsire Dodo mais ça ne m’amuse que tout juste. Je compte sur votre patron pour me rabibocher un peu de tous mes mauvais
jours1, après ça
je ne saurai plus à quel saint me vouer2. En attendant je bisque, je rage et je bois de la
tisanec à tire-larigotd. C’est peu régalant, convenez-en
scélérat. J’ai eu pour fou rire ma blanchisseuse, je vais avoir pour agrément le
raccommodagee de mon linge
mais auparavant je veux vous copier la lettre du petit dauphin3.
Viens donc bien
vite mon amour. Vraiment à force de te désirer à sec et de
t’attendre indéfiniment, j’en deviens imbécilef et je ne sais plus ce que je dis ni ce que je fais. Je t’aime
trop.
Juliette
1 Juliette fait coudre un paletot à Hugo par l’ouvrière Pauline. Comme elle supervise les opérations de couture, cela lui permet de s’occuper un bon moment.
2 Il s’agit vraisemblablement ici d’une plaisanterie de Juliette en référence au fait que le 21 juillet sera jour de la saint Victor, traditionnellement souhaitée la veille comme toutes les fêtes, et qu’elle espère naturellement la présence de Hugo auprès d’elle le lendemain.
3 À élucider. Ferdinand-Philippe d’Orléans, héritier présomptif ? Quant à la lettre, peut-il s’agir de l’échange épistolaire avec Hugo à l’occasion du mariage du duc avec la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin le 30 mai 1837 ? En effet, le poète fut invité aux fêtes de Versailles données pour célébrer l’événement, mais comme Alexandre Dumas, à cause de Louis-Philippe, ne faisait pas partie des chevaliers de la Légion d’honneur promus, en soutien à son ami, Hugo refusa et envoya une lettre d’explication au duc. Ce dernier lui fit donc parvenir une lettre d’excuse pour l’assurer que l’affront serait réparé.
a « ennuieux ».
b « viendrez ».
c « tisanne ».
d « tire larigo ».
e « racommodage ».
f « imbécille ».
« 19 juillet 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 69-70], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7859, page consultée le 25 janvier 2026.
19 juillet [1841], mardi matin, 9 h. ¼
Bonjour mon Toto adoré, bonjour mon amour, bonjour mon vieux menteur. Qui est-ce qui
vous a empêché de venir ce matin, scélérat ? Vous ferez tant que je me fâcherai pour
de bon et alors il n’y aura plus moyen d’y tenir.
J’ai l’ouvrière Pauline qui découd votre paletot, maintenant il faut
de la doublure ou bien ça n’ira pas vite. Si tu as l’argent tantôt nous pourrons aller
l’acheter aujourd’hui même. Il a l’air de faire vilain ce matin, c’est à peine si
je
vois à t’écrire. C’est vraiment bien ennuyeuxa, je crois que j’aime encore mieux la gelée que la pluie,
c’est moins triste. Pourquoi n’êtes-vous pas venu, mon amour ? Cela ne vous aurait
pas
empêché de travailler toute la nuit comme un pauvre chien, mais vous vous seriez
reposé ce matin auprès de moi, ce qui m’aurait rendueb bien heureuse. Et puis vous auriez été tout porté pour aller
chercher votre doublure. Vous êtes une bête, taisez-vous.
Suzanne a été chercher le chevalet chez Mme Guérard1. Il est là mais je ne l’ai pas encore vu. Je
voudrais être aussi indifférente à votre endroit, je ne serais pas aussi tourmentée
et
aussi impatiente quand je ne peux pas vous voir autant que je le désire. Taisez-vous,
vous êtes une bête et moi aussi mais je vous aime de toute mon âme, moi.
Juliette
1 Il semblerait que ce soit à Mme Guérard que Juliette achète, ou alors fait acheter, le matériel de dessin de Claire, pensionnaire d’un établissement de Saint-Mandé depuis 1836.
a « ennuieux ».
b « rendu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
